Les errements du Tay

Voyage en Andalousie

01 janvier 2018

Sous un ciel intensément bleu, des villages blancs piquettent les contreforts de la Sierra Nevada, aux sommets déjà enneigés. La campagne, peignée de labours et d'oliviers, s'étend à perte de vue.

Dans le cœur des vieilles cités, guidés par une musique d'eau, nous passons d'un patio, protégé de la rumeur de la ville nouvelle, à un jardin hérissé de palmiers élancés ou de cyprès hiératiques. Nous déambulons entre des haies de buis et de myrtes, enivrés par des senteurs de roses. Un dédale de pièces, aux ouvertures polylobées, nous accueillent. Des miroirs, des niches, des arabesques diffusent une ambiance paisible et tempérée. Nos pas suivent de petits « béals » d'un jet d'eau à une fontaine. Fraîcheur, verdure, calme, bruits étouffés, notre regard s'attardent sur des agrumes en pleine véraison et glisse sur des « azuleros » antédiluviens aux bleus et aux verts éternels. Nous nous abandonnons au hasard de nos pas dans le labyrinthe du passé tels « les proverbes qui volent librement entre les alvéoles et les chandelles de stuc » (qui enduisent les plafonds), susurre la voix de l'audio-guide dans notre oreille.

« Ce qui fut n'est plus ; ce qui sera n'est pas encore. Prisonniers du passé, par l'inconscient, et de l'avenir par l'attente, libérons-nous », précise A. Comte-Sponville.

De Setenil de las Bodegas à Ubrique, en passant par Zahara de la Sierra, l'homme de ma combe retrouve, dans ce milieu montagneux et tortueux, ses réflexes de conducteur accoutumé aux routes cévenoles. Sous-bois de chêne-liège « étrillés » pour la glandée, cols à plus de mille mètres, sommets environnants dépassant les mille cinq cents mètres, pas un cochon ni un sanglier au détour d'un bois…

À Ronda, notre homme descend dans un hôtel où « Pizarro » aurait séjourné. Le soir, devant une assiette de jambon sec finement découpé et parfumé, il savoure le crépuscule andalou. Un verre de vin de Navarre, sombre et profond, phagocyte la nuit dans un rêve de Nouvelle Espagne, là-bas, de l'autre côté de l'océan…

Parfums de vieux meubles lustrés à la cire d'abeille, légère présence « aillée » suivant le sillage d'une serveuse, l'air sec circonscrit les odeurs. Ici, pas de moisissures ni de gaz d'échappement, mais un silence aseptisé à la chaux et « persillé » de peinture fraîche.

Il y a longtemps que dans nos Cévennes désertées nous ne sentons plus cela. Il semble à notre homme retrouver ce qu'il avait perdu ou trouver ce qu'il avait cherché sans le savoir.

Le Tay des cimes

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