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Agir face aux nouvelles violences

Entre réalité et ressentis, qu’est-ce qui fait violence aujourd’hui ?

26 février 2024

Avant d’évoquer ce qui peut être proposé face aux multiples violences du monde, il faut en nommer quelques manifestations qui se développent ou semblent se développer dans nos sociétés.

S’il paraît nécessaire de désigner ce qui nous fait violence, c’est que nous ressentons tous et toutes un malaise, qui s’exprime de plus en plus explicitement. Les plus avancés en âge souffrent peut-être plus fortement de la violence du monde – ou bien s’en protègent. Quant aux plus jeunes, ils sont sommés de « faire avec » et de trouver des solutions. Pourtant, leur angoisse se dit aussi. Rien de nouveau sous le soleil ?

La violence est légion, depuis longtemps, mais elle s’avance avec de nouveaux visages : guerres et conflits, avec des cruautés qu’on croyait révolues et des destins de populations de plus en plus imbriqués ; menaces sur les conditions de la vie même de l’humanité ; contagion de groupes ou « communautés » diffusant des propos radicalement haineux...

 

La haine

La propagation de la haine sur Internet, justement, fait l’objet de bien des débats. On partage aussi beaucoup de mièvrerie, sur le Web ! Deux choses qui font pendant, me semble-t-il. Avant, ceux qui « avaient la haine », c’étaient les plus « exclus » de notre société. Or on dirait qu’aujourd’hui tout le monde a la haine : tout un chacun se décharge de la pression de l’existence en exprimant mépris et détestation, sans filtre et sous n'importe quel prétexte. Serions-nous devenus une société de haine ? Aurions-nous troqué nos colères, parfois légitimes, contre la haine ?

Le constat serait affligeant. Ou alors... ou alors tout cela est en partie faux ! Cette violence verbale en ligne, protubérance affreuse, pourrait ne pas correspondre, ou pas entièrement, à un sentiment réel. D’autre part, un effet loupe sur une partie très mobilisée de nos concitoyens parviendrait à faire croire à une sorte de haine globalisée et globalisante. Comme un leurre.

 

Les tragédies de la planète

Si on laisse Internet de côté un instant, reconnaissons que des violences qui s’exercent dans la vie quotidienne ont de quoi générer des sentiments d’insécurité, de frustration, d’incompréhension, d’humiliation. L’absence de vis-à-vis et les incohérences dans les démarches administratives, la difficulté à trouver des services vitaux dans certaines parties de notre territoire… Un monde politique dont les mandats ne sont plus clairs pour nos concitoyens. La multiplication des sources d’information, avec la question de leur fiabilité – et jusqu’à l'opposition de « faits » réels et inventés.

Les violences policières, celles de groupes d’ultra-droite ou d’ultra-gauche, celles encore des réseaux mafieux... La révélation sans fin de ces actes de violences sexistes et sexuelles qui colorent tristement notre vie sociale... Chaque individu reçoit en plein visage les tragédies de toute la planète, tous les jours, et en ressent de l’impuissance.

Il est impossible de tout lister ! Alors, dans ce contexte déprimant, il faut absolument relever l’existence de phénomènes contraires : oui, le courage, l’empathie, la spontanéité existent dans le corps social ! Et heureusement, on partage aussi en ligne de vraies solidarités, des initiatives ou des convictions qui font du bien, qui sauvent même.

 

© DR

Douceur évangélique ?

L’histoire du protestantisme français est marquée par la persécution – traumatisme surmonté, transformé ? Ses héritiers sont-ils pour autant incapables d’exercer la violence ? Non, sans doute. Le comportement de certains membres de nos communautés montre que le caractère peu hiérarchique de notre Église n’empêche pas les dérives, celles d’individus qui se croient « tout-puissants ». La douceur n’est pas dans l’ADN du protestantisme, on le voit aussi dans l’actualité d’Églises protestantes majoritaires ou d’État – des Églises/sociétés à l’origine de grandes violences, vis-à-vis des peuples premiers notamment.

Pourtant... combien elles sont prêchées, les Béatitudes, la culture de la non-violence ou l’exigence évangélique de démonter les entreprises humaines néfastes tout en respectant chaque personne ! Si les Églises n’ont pas de leçon à donner, elles se savent désormais imparfaites et tentent, plus que jamais, de travailler sur les violences et sur leur propre violence.

Séverine Daudé
Magazine Échanges

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