Grain de sable

C’est moi qui suis la vraie vigne et mon père est le vigneron (Jean 15.1-8)

01 septembre 2018

Tout au long de l’année, les viticulteurs s’activent dans la vigne pour produire du bon fruit. Peu de cultures dépendent autant du travail attentif et ingénieux de l’homme.

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De novembre à mars, c’est le temps de la taille dont dépendra la vigueur du plant. Puis, en mars-avril, les branches laissées sur le cep sont attachées pour que la plante se développe dans le sens souhaité.

De mai à juillet, par le relevage et le palissage, les brins sont maintenus à la verticale pour que la plante capte le maximum de soleil. Après la floraison qui a lieu en juin, il reste encore à supprimer les repousses pour favoriser la fructification.

Ce sont donc d’abord les soins constants dont le viticulteur entoure sa vigne qui sont mis en évidence dans la comparaison : la présence attentive, attentionnée de Dieu. Dieu prend soin de son peuple, comme l’ont déjà souligné les prophètes Esaïe ou Jérémie.

Je suis la vigne vous êtes les sarments

Jean ajoute une idée : le Christ est comme un cep de vigne sur lequel les croyants vont s’attacher comme les branches. Ainsi, la question n’est plus de vivre sa vie de vigne pour appartenir au peuple de Dieu mais de se relier au cep qu’est le Christ pour en recevoir la sève.

Être sarment, c’est reconnaître dans le Christ le principe même de la floraison, de la croissance et de la fructification. Croître, fleurir, fructifier, des mots qui pourraient entraîner dans une logique de rentabilité, mais il ne s’agit pas de devenir de plus en plus gros ou de plus en plus puissant. L’horizon esquissé par Jésus est de donner du fruit.

Qu’est-ce qu’un fruit ? À quoi sert-il ? Pour l’arbre même, on pourrait dire « à rien », mais il va profiter aux autres, soit pour donner un nouvel arbre, soit pour offrir de délicieuses saveurs. Le fruit est signe d’une présence qui dépasse, déborde et mène à une nouvelle vie. Il ne s’agit pas de porter des fruits pour soi-même, pour se sentir bien, pour avoir du courage car le chemin que dessine l’Évangile consiste à donner. La comparaison de l’évangile de Jean ne dit pas quoi : chacun donne ce qu’il peut, peu importe, mais chacun a quelque chose qu’il peut offrir.

Le Père ôte ce qui est sec et ce qui est vert il l’émonde afin que le fuit vienne

Mais il y a sans doute quelque chose de gênant dans ce texte : l’insistance sur la taille et les coups de sécateur du vigneron. Certes, pour la vigne, nous savons bien que la taille et les coups de sécateur sont nécessaires pour que la plante ne s’étouffe pas dans une profusion de feuilles, mais lorsqu’il s’agit d’êtres humains, on ne peut pas le dire comme cela.

Peut-être qu’il y a des éléments à tailler dans nos vies : soit que nos vies s’éparpillent dans un flot d’activités, soit que nous nous desséchons dans une course sans fin. Mais de là à dire que Dieu vient tailler les sarments que nous sommes pour nous recentrer et qu’il brûle ce qui est desséché… C’est une image de Dieu qui nous perturbe.

Comment comprendre cela ? Lanza del Vasto, pacifiste et fondateur des Communautés de l’Arche, explique ainsi l’image de brûler les sarments : Chaque fois qu’il est question de brûler dans l’Évangile, je pense qu’il faut entendre non pas l’enfer mais simplement le monde et le temps. Celui qui est ramassé reste dans le temps, notre temps où tout passe, et se transforme en fumée, en néant, tout brûle, alors que ceux qui se greffent sur le Christ sont réunis en un bouquet vivant (d’après Commentaire de l’Évangile p. 452).

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Odile Roman-Lombard

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